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Réseau Sortir du Nucléaire est une imposture à la lutte antinucléaire

mercredi 19 septembre 2012, par Puissance Plume

Cet article existe en version PDF 6 pages.

sommaire


Ce titre est agressif !

Il y a une similitude entre l’agression ressentie par un sympathisant-donateur à RSDN à l’énoncé de ce titre et celle ressentie par un partisan du nucléaire à l’évocation de l’arrêt des réacteurs. L’agression semble ressentie par opposition aux bons sentiments déployés pour une bonne cause. En réalité, le sentiment d’agression est comme un mécanisme de défense, une réponse immunitaire d’un organisme qui est fermé à toute nouvelle idée, toute remise en cause. Ce déni de réalité existe aussi chez nos bourreaux les nucléopathes, incapables de voir ce que sont réellement leurs jouets radioactifs incontrôlés. Réciproquement, c’est d’ailleurs une attitude extrêmement agressive pour nous que cette fermeture.

A ceux qui disent « je suis d’accord avec l’essentiel de votre discours, mais je n’aime pas la forme qui y est mise », je répond : « formulez ce discours avec une forme qui vous convient, je vous dirai si c’est le même que le mien ». Cela implique d’avoir lu et tenté de comprendre ce discours... Au-delà de la réaction épidermique de l’agressivité.

Donc parmi tous ceux qui se prostrent derrière cette barrière de l’agressivité dont nous serions les amateurs inconditionnels, il y a ceux qui sont fermés, dans le déni de réalité, et il y a ceux qui peuvent s’ouvrir, qui peuvent laisser entrer cette pensée positive du constat négatif. Ce texte s’adresse à ceux-là.


L’histoire

Selon un proverbe africain, proverbe de gens colonisés, "tant que les histoires de chasse seront écrites par les chasseurs, il arrivera toujours la même chose au lion". RSDN écrit l’histoire de RSDN à ses donateurs sympathisant mais évite soigneusement de donner quelques vérités. Pour se faire une idée de la réalité de la lutte antinucléaire, il faut faire soi-même l’effort de s’ouvrir à comment les différents courants écrivent l’histoire. Au-delà de cela, nous pensons que la victoire de la lutte antinucléaire passe par l’appropriation individuelle des constats de réalité, et de l’insupportable situation dans laquelle nos bourreaux nous placent. C’est pourquoi nous accordons une grande importance aux termes utilisés pour décrire la réalité. RSDN a tendance à l’enjoliver un peu trop pour attirer des dons.

L’objectif n’est autre ici que d’argumenter, construire des repères. Plus on a de repères, plus il est aisé de prendre une décision à tout moment.
Nous allons montrer que Réseau Sortir du Nucléaire constitue un affaiblissement structurel de la lutte antinucléaire en reproduisant l’oligarchie fédéraliste institutionnelle qui ne donne sa chance à aucun courant et fabrique le spectacle de démocratie. Ses membres fondateurs sont anti-pronucléaires toujours, antinucléaires parfois, et anti-antinucléaires souvent. On s’y perd, la vue se brouille, l’ouïe faiblit, le spectacle enveloppe, fascinant.


RSDN la création

Réseau Sortir Du Nucléaire est né en 1997 de l’idée d’une fédération d’associations permettant de mettre en commun des ressources antinucléaires. Il y a eu plusieurs réunions et le choix a été fait de revendiquer une décision immédiate de sortie à la place de sortie immédiate. Pour cela, Philippe Brousse a été présenté comme l’homme de la situation, il arrivait avec la caisse des Européens contre Superphénix, il pouvait assurer la fonction de directeur et il pouvait développer l’association avec cette idée. C’est ce qui s’est passé en 15 ans.

Il faut noter que la récupération politicienne verte de la fermeture de Superphénix est une imposture. En février 1997, alors que le surgénérateur était toujours à l’arrêt, le Conseil d’Etat annulait le décret de 1994 qui autorisait le fonctionnement de Superphénix comme réacteur de recherche et démonstration[1,2]. C’est donc sous Alain Juppé, Premier Ministre UMP qu’a été décidé la fermeture du RNR (Réacteur à Neutrons Rapides) à Creys-Malville (38) parce que c’était un échec industriel, un danger permanent d’une oisivité coûteuse. Dominique Voynet du parti des Verts a accepté le deal proposé par la gauche pronucléaire : annoncer la fermeture définitive pour faire plaisir à son électorat, en échange de la mise en place de la filière MOX pour faire plaisir aux nucléaristes. La filière surgénérateur ne voyant pas le jour, elle a donné sa signature de Ministre pour produire du combustible MOX pour absorber les stocks de plutonium[3,4]. En 1997, Philippe Brousse arrive avec cette caisse des européens contre Superphénix auréolé d’une victoire des Verts dans les médias, mais qui n’est qu’une défaite cuisante supplémentaire pour les écologistes, une grande victoire de la manipulation surtout.

Voyant le slogan des amis de Brousse, des "immédiatistes" comme le comité Stop Nogent ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas participer à cette fédération. En effet, leur mot d’ordre était, après Tchernobyl, d’arrêter immédiatement tous les réacteurs nucléaires pour raisons sanitaires, pour éviter la catastrophe nucléaire en France, ce qui était possible à l’époque en utilisant les centrales thermique fossile existantes[5]. D’autres immédiatistes ont participé un peu puis en sont sortis, écoeurés.

L’ACNM, Association Contre le Nucléaire et son Monde, qui voit le nucléaire comme un tout social, n’a évidemment pas participé non plus[2], percevant d’emblée que le credo de la nouvelle structure était de participer à la société du spectacle en remplissant la fonction de représentant des « contre le nucléaire », dans un registre légèrement différent de Greenpeace dans le style de spectacle.

J’ai participé à RSDN naïvement à partir de 2005 alors que, formé par des agents de l’association Negawatt, mon parcours professionnel m’amenait à gagner des euros avec le développement des énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie. C’est en cotoyant l’intérieur de la structure puis en subissant le putch du 6 février 2010[6] à Lyon que j’ai réalisé l’immense imposture que constitue la représentation de la lutte antinucléaire par RSDN. J’ai alors découvert ceux qui n’avaient pas participé à RSDN dès le début.


Le credo de RSDN : fédérer pour croître

RSDN est une structure qui entend fédérer des composantes antinucléaires diverses. C’est son credo, une croyance pour « sortir du nucléaire ». En exagérant, s’il n’y avait qu’un seul courant antinucléaire représenté, alors bénévoles et salariés tenteraient d’aller en chercher d’autres, quitte à les fabriquer de toutes pièces, pour pouvoir réaliser leur credo : fédérer.

Donc depuis 1997, cette structure incite des gens très divers à venir grossir ses rangs. Aujourd’hui, on trouve dans la liste des adhérents de RSDN l’association Solagro, dont le siège social est à Toulouse, qui est composée de gens anti-antinucléaires : les membres fondateurs de l’association Negawatt.

Leur but ultime : grossir, croître, en nombre d’adhérents et en chiffre d’affaires.


RSDN reproduit le spectacle de l’illusion de démocratie

Le credo fédéraliste de RSDN ne sort pas du chapeau. C’est la copie conforme du fonctionnement des institutions françaises, une oligarchie qui réalise l’illusion de démocratie par la société du spectacle. Le fonctionnement du RSDN c’est :
-  d’intégrer le plus grand nombre de courants pour la collecte des impôts de fonctionnement, de manière à mutualiser les ressources, posséder toujours plus de pouvoir avec ces ressources, attirer les convoitises et donc attirer de nouvelles ressources,
-  de décider en petit nombre des actions et des écrits de l’association, perte de liberté des adhérents qui est compensée par la recherche du dénominateur commun entre les courants, afin qu’aucun ne se sente lésé.

Exactement comme les institutions de la République Française organisent l’impuissance politique du peuple, celles de RSDN organisent l’impuissance de ses adhérents. C’est dans les deux cas une oligarchie[7].

Le système démocratique, qui repose sur le vote des décisions par l’assemblée générale, ne garantit pas que les décisions prises soient les meilleures. C’est seulement une manière de donner légitimité à ces décisions. L’intérêt de ce système est de permettre l’expression de la diversité lorsque le nombre de participants est grand. La diversité génétique, la biodiversité, est le facteur de l’évolution des êtres unicellulaires vers les êtres complexes. La diversité permet aussi d’éviter les abus de pouvoir.

A grande échelle, le système démocratique s’enrichit, tandis que le système oligarchique dégénère parce que les pouvoirs sont transmis toujours aux mêmes personnes par filiation ou par cooptation. Inévitablement, ce système aboutit à des abus de pouvoir, comme le nucléaire dans les Institutions. Abus de pouvoir que nous retrouvons dans le putch de 2010 au RSDN, une manifestation brutale de la haine de la diversité présente chez les membres fondateurs.


L’impossible aboutissement des revendications antinucléaires

Un antinucléaire a pour revendication l’arrêt des réacteurs nucléaires. Tout le monde n’est pas d’accord sur la raison prioritaire de vouloir cet arrêt : sanitaire, économique, technique, sociale, sociétale. Peu importe. Je constate que RSDN affaiblit l’objectif d’arrêter les réacteurs nucléaires.

Premièrement, le fédéralisme donnant l’illusion de démocratie aboutit à la dillution et le brouillage du message antinucléaire. En effet, lorsqu’on intègre dans le mouvement antinucléaire des composantes anti-antinucléaires comme Negawatt, on ne peut que faire pencher la balance vers les pro-nucléaires. L’Allemagne n’a d’ailleurs jamais arrêté un seul réacteur pour raisons sanitaires : elle ne fait qu’empiler les productions d’énergie par-dessus les productions d’origine nucléaire existantes. Ne parlons pas de l’intégration de la problématique du CO2 dans le mouvement nucléaire, qui a réussit son seul objectif : le diviser[8] à défaut de diviser les émissions de gaz à effet de serre.

Deuxièmement, comme le credo de RSDN est le fédéralisme oligarchique, jamais les courants qui veulent fermer des réacteurs ne pourront prendre le dessus sur les autres, pour que l’association délivre leur message. Seule l’AG souveraine démocratique pourrait trancher en faveur d’une des composantes. Seule une démocratie pourrait laisser sa chance au courant immédiatiste de l’emporter en convaincant[9]. Or, les oligarques bénévoles et salariés, organisent eux-mêmes les AG, utilisent les ressources de l’association pour leur politique de fédéralisme oligarchique, ils arrivent à manipuler les assemblées générales en faisant illusion de démocratie de manière à ce que jamais un vote soit décidé sur ces différents courants… Au nom de la démocratie !

Troisièmement, RSDN participe à fond à la société du spectacle en copiant son mentor professionnel Greenpeace qui est dans la co-gestion du nucléaire [10,11] : tout est spectacle.


Dehors ou dedans ?

Les oligarques sont des cupides autoritaires qui ne peuvent agir égoïstement que parce que les autres les laissent faire. Leur responsabilité dans l’échec de la lutte antinucléaire globale est immense mais alors celle de ceux qui les laissent faire le serait aussi. La tentation est donc grande pour certains remplis de culpabilité d’aller dedans pour convaincre : travailler à l’intérieur de RSDN pour chercher à émanciper et faire évoluer dans le « bon sens antinucléaire ». Comme Belbéoch n’a pas voulu prendre la place, on peut vouloir défendre un courant immédiatiste dans RSDN. Comme l’ACNM n’a pas voulu y participer, on peut aller dénoncer la société du spectacle dans les réunions de RSDN.

Cette stratégie du « dedans » se fonde sur le fait qu’une partie des suiveurs à RSDN peut s’émanciper. Bien sûr, d’autres ne peuvent pas, et ceux pour qui il faut assujettir les antinucléaires à un dogme fédéraliste à logique de marque méritent la méfiance la plus attentive.

Le problème du dedans se heurte à l’éternelle contradiction entre le but et les moyens. Comment convaincre en donnant le contre-exemple ? Quelle crédibilité accordons-nous à celui qui déclare qu’il va arrêter de fumer tout en s’allumant une clope ? A celui qui participe à l’élection présidentielle pour dire qu’il faut supprimer l’élection présidentielle ? A celui qui dénonce la société du spectacle dans la représentation du spectacle ?

Une chose est sûre : le contact avec les militants et les sympathisant de RSDN est vital parce que là réside une force en chemin vers l’émancipation, je peux faire ce constat.

Mais l’attitude d’agir en dehors me semble la meilleure. Elle possède l’avantage de donner l’exemple. Et cet argument me suffit.

Le dehors est assez difficile vu que les faiseurs de spectacle dans leurs homélies dénoncent ceux qui ne participent pas au spectacle. C’est plus facile de participer car il n’y a pas ce tir nourri des gardiens du temple. Mais quand on arrive à tenir debout, visible, hors du spectacle, aborder ceux qui peuvent encore s’émanciper se fait naturellement : la posture du dehors aide à rapprocher ceux qui peuvent prochainement prendre conscience de leur vie en dehors du spectacle.


Sortir du lobby « antinucléaire »

Ceux qui comme moi ne sont pas résignés veulent vivre, donc arrêter les réacteurs nucléaires. La fermeture de RSDN ou Greenpeace peut être comprise comme une résultante de l’accomplissement de cet objectif, comme un préalable, ou encore comme un tout.

Les salariés admettent volontiers qu’il faut démanteler RSDN mais quand « sortir du nucléaire » aura été accompli. J’ai plutôt tendance à mettre tout dans le même sac : à partir du moment où se forme un lobby antinucléaire face au lobby nucléaire, les deux forment un tout médiatique et deviennent indissociables. Lutter conter l’un c’est lutter contre l’autre. Philippe Brousse, directeur salarié temporaire de RSDN est aussi cupide et autoritaire qu’Anne Lauvergeon, même si son lobby est moins gros et moins polluant. A mon sens, un lobby structuré en pyramide hiérarchique n’a pas sa place dans la société post-nucléaire.

Or, le mouvement antinucléaire doit porter en lui la solution. A le regarder, il doit faire envie. A observer les gens agir dans le mouvement antinucléaire, on doit avoir envie de vivre de la même façon. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse : les personnes qui sympathisent avec RSDN sont autoritaires, anti-antinucléaires, ils donnent de l’argent et se laissent conter la farce de l’illusion de démocratie qu’organise le CA et les salariés de la fédération lyonnaise. Qui a envie de vivre encore de cette façon ?


De l’intérêt de cette synthèse

Chacun chacune a compris à la lecture de cette synthèse : pour nous, tous les courants antinucléaires qui sont sur les bases d’une position éthique d’arrêt immédiat ne doivent pas alimenter RSDN en produisant un courant immédiatiste en son intérieur. Ou alors « immédiat » prend immédiatement un autre sens.

Cela n’empêche pas de chercher à convaincre les individus qui sont convaincus que RSDN fait "du bon boulot". Mais RSDN ne doit pas pouvoir revendiquer d’intégrer les immédiatistes, ce serait affaiblir ces derniers. En tous les cas, la question se pose d’avoir une attitude commune face au rouleau compresseur RSDN.

Chacun et chacune, nous sommes libres de militer où bon nous semble. Ce texte n’a pour autre objectif que l’émancipation, la recherche de tout ce qui améliorera la compréhension, pour que la somme des orientations individuelles prenne le dessus sur l’orientation individuelle des bêtes de somme.


Références

[1] "Superphénix, l’oiseau qui ne veut pas mourir" Site infonucléaire sur dissident-media.org

[2] "Sages comme des images...", Association Contre le Nucléaire et son Monde, jan. 1998.

[3] "La France nucléaire ; Matières et sites" Mary Bird Davis 2000

[4] "Les co-gestionnaires du nucléaire" Coordination Stop Nucléaire juillet 2012

[5] "Sortir du nucléaire, c’est possible avant la catastrophe" Bella et Roger Belbéoch, Editions L’Esprit Frappeur 1998-2002 (troisième édition).

[6] "Démocratie pour le réseau Sortir du Nucléaire" site maintenu par Stéphane Lhomme

[7] "Rancière, l’élection n’est pas la démocratie" Site web du « Nouvel Observateur » 18 avril 2012.

[8] Administrateur de RSDN en 2009, j’ai demandé à P. Brousse, son directeur salarié, s’il pouvait me fournir la décision de CA qui entérinait l’adhésion du RSDN au RAC (Réseau Action Climat) ; il a refusé de me la fournir, je doute qu’elle existe. C’est probablement lui qui a fait adhérer RSDN au RAC.

[9] Rapelons qu’à Lézan en 2011, l’assemblée générale a voté pour "l’arrêt immédiat du nucléaire civil et militaire" à une écrasante majorité avant que les organisateurs ne lui fasse revoter un slogan plus mou ; voir "La "convergence" de Lézan qui bafoue la démocratie et enfouit la diversité". Sur le site web de Stop Nucléaire 31 l’Antidette, 21 septembre 2011.

[10] "Le hobby écologie ou la logique d’accompagnement" site « Puissance Plume », 30 décembre 2011

[11] "Greenpeace ou la dépossession des luttes écologiques". Dans « Pas de Sushi, l’Etat geiger » n°3 revue anarchiste antinucléaire d’après Fukushima, Caen, juin 2012.

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